• Rebonjour à tous !

    En cette presque veille de Noël, voici le cadeau qu'une jolie petite fiancée à offert à un beau Sous-Lieutenant. Nous étions alors en 1825, sous le règne du roi Charles X.

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Il s'agit d'un Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821 et qui a été commandé auprès d'un armurier privé. En effet, cette arme diffère par plusieurs points du modèle réglementaire.

    Le Sabre réglementaire porte un marquage officiel au dos de la lame, reprenant le nom de la manufacture et l'année de sa fabrication. Par exemple : Manuf Rle de Klingenthal - Mai 1823. Réglementairement, la lame est en acier forgé, la garde est en laiton doré et la poignée est en bois recouvert de basane noire et filigranée de laiton torsadé.

    Ici, notre jolie fiancée a choisi un sabre avec plusieurs options que nous découvrirons plus loin.

    Au final, une très belle arme qui a certainement fait grand effet auprès de notre bouillant Sous-Lieutenant. Nous gageons cependant que les yeux brillants et les douces lèvres de la future épousée ont constitué des arguments également convaincants en tant que preuves de tendresse ...

    Pour finir, le beau cadeau de Noël 1825 est resté dans la famille de notre Sous-Lieutenant, lequel a fini sa carrière en 1859 au grade de Colonel, cinq fois blessé, 9 fois décoré, et en 1855 fait Chevalier de la Légion d'Honneur sous Sébastopol. Il décèdera en 1879, dans son lit, veillé par ses 6 enfants et ses 15 petits-enfants. Il y a belle lurette qu'il a oublié son cadeau de Noël, abandonné dans un coin du grenier. Et c'est tant mieux pour nous, car l'arme est restée quasiment dans son état d'origine. Dans les années 60, il a fini par être vendu entre un vieux piano et un service à café au détour de la succession de l'un de ses descendants. Et, bien plus tard, par atterrir chez moi pour mon plus grand plaisir.

    Comme quoi, les beaux yeux d'un Sous-Lieutenant de 1825 ont eu des effets à long terme ...

    Mais revenons à cette belle arme.

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Le fourreau est complet, pas desséché ni décousu. Il a juste été plié durant pas mal de temps, mais comme il est resté bien souple, il n'y a aucune déchirure. Il est du modèle à deux garnitures, la chape et son bouton en forme d'écu, et la bouterolle. Le fourreau est en cuir noirci et cousu, il est sobrement agrémenté de deux minces filets en creux. Mais surtout, il existe encore !

    La chape et son bouton de suspension. Un remarquable état de conservation :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    On ne peut qu'être séduit par l'équilibre des formes de l'arme, tout autant que par le jeu contrasté des matières et des couleurs. Une très belle réalisation :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821 

    La poignée est magnifique. Un laiton rosé du plus bel effet, galuchat gris et filigrane tressé : il s'agit d'un travail artisanal très soigné. On remarque la discrète branche de garde naissant à la deuxième moitié de la garde et venant rejoindre le plateau en son milieu. Le goût des armuriers français a été souvent une marque d'excellence :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Le plateau de garde est creux comme on peut le voir ici :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Pour terminer notre description, voici quelques images permettant de comparer notre arme avec un sabre réglementaire. Le modèle réglementaire est au dessus. La flèche de la lame est moins prononcée autant que le module de la garde est plus épais. Mais cependant, il s'agit bien de deux sabres Mle 1821 :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Voici une comparaison des poignées. Apparemment identiques, il y a beaucoup de différences :

    Le Sabre d'Officier d'Infanterie Modèle 1821

     

    Pour finir, voici les mensurations du sabre :

    Longueur totale avec fourreau : 95 cm
    Longueur de la lame : 76 cm
    Longueur du fourreau : 78 cm
    Largeur maximum de la lame : 30 mm
    Épaisseur maximum de la lame : 8 mm
    Poids du sabre nu : 740 grammes.

    Joyeux Noël 2016 à tous et à bientôt pour de nouvelles découvertes !


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  • Voici la Marine qui s'invite sur ce blog !

    Je vous présente mon Sabre de Bord Modèle 1833
    Dans les fabrications de nos Manufactures, il remplace le Sabre de Bord Modèle AN IX dont il est fortement inspiré.
    Ce sabre a reçu le sobriquet de cuillère à pot en référence à sa garde particulière.

    Il s'agit du dernier sabre spécifiquement fait pour la Marine qui, à cette époque, était toujours en bois et à voile.
    L'assaut et la prise par abordage du navire ennemi était toujours pratiqué - c'était même un sport d'équipe pratiqué surtout dans la région de St Malo - et on avait équipé nos matelots d'armes particulières destinées à un usage en milieu confiné. C'est ainsi que le Sabre 1833 côtoyait la Hache de Bord Mle 1833 et le pistolet de Marine Mle 1837.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    D'un dessin fort simple, le Sabre 1833 est compact et plutôt court, dans son fourreau il mesure 82 cm de long.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    La lame est solidement établie en acier forgé. Dimensions : 68 cm de longueur, 3,7 cm de largeur et 1 cm d'épaisseur au fort. Elle est légèrement courbe avec une flèche d'1,4 cm. La lame est plate et présente une large gouttière sur les 4/5e de sa longueur.

    La lame est d'une finition glacée, présentant la particularité d'un polissage en long, sauf sur ses 7 premiers centimètres ou ce polissage est fait en largeur. L'effet décoratif est étonnant. Une belle ancre est gravée de part et d'autre de la lame, l'enjalement de l'ancre se trouvant à la limite des polissages, anneau vers la pointe.

    Une forte cravate en cuir noirci est emprisonnée entre la lame et la poignée, elle sert à amortir le choc du sabre sur le fourreau.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    Le marquage réglementaire est posé au talon de la lame : Manufacture Rle de Chatelleraut Avril 1842 en cursives italiques.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    La poignée est en fer forgé habillé de bois recouvert de tôle, elle présente 8 faces. La garde est en deux parties soudées, la garde proprement dite et une coquille arrondie enveloppant la poignée. Le point de rivure est classiquement au sommet. L'ensemble est peint d'une épaisse couleur noire.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833Le Sabre de Bord Modèle 1833

    Le fourreau est en cuir noirci et cousu. Il est sobrement décoré de deux filets en creux. Il comporte deux garnitures en laiton agrafées de chaque côté. La chape porte un large pontet qui possède toujours sa patte de cuir venant se fixer au baudrier. La bouterolle se ferme par une bille en laiton.

    Le fourreau est resté souple et solide, mais on notera qu'il s'est rétracté de 3 mm dans sa longueur, preuve de son âge avancé.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    Le fourreau porte un minuscule poinçon, une ancre est frappée au sommet de la chape, juste au dessus du pontet.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    Magnifique témoin de notre histoire, cette arme est resté dans un état splendide. Manifestement jamais utilisé, le sabre n'a pas été aiguisé. On le trouve encore chez les professionnels de l'arme ancienne ou sur les sites d'enchères, mais peu sont restés aussi fringants.

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

    A bientôt

     

    Le Sabre de Bord Modèle 1833

     

     

     

     

     

     

    Source image : wikipedia


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  • Voici une arme blanche très intéressante.

    Il s'agit d'un Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816. Une arme tracée sur le modèle des glaives de l'antiquité romaine, période largement mise en avant sous la Révolution et l'Empire comme étant une république exemplaire.

    Il n'en reste pas moins vrai que ce goût pour l'antiquité a traversé les années et s'est poursuivi sous la restauration.

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    Présentant un magnifique contraste de couleurs, le noir du cuir et l'or des garnitures et de la poignée, l'arme est compacte et robuste. Son poids d'1,2 kilo devait se faire bien sentir au long des journées de l'artilleur à pied.

    Cette arme n'est pas destinée au combat. Il s'agit plutôt d'une histoire de prestige, d'un objet donnant un statut à son porteur. Il fallait montrer que l'on était dans l'élite militaire, un peu comme pour les grenadiers ou les hussards, qui portaient des armes spécifiques.

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    Examinons-le à fond.

    Ce glaive est une arme plutôt courte et ramassée : avec son fourreau, il mesure 66 cm, la lame est longue de 48,5 cm. elle est fort large et bien épaisse : 4,5 cm au fort et 6,6 mm d'épaisseur. Elle est creusée de trois gouttières de chaque côté, destinées autant à l'alléger quelque peu qu'à la raidir. Une telle "arme" est totalement impropre à tout combat d'escrime, notamment face à un adversaire équipé d'un simple Briquet, à fortiori d'un sabre de cavalerie.

    La poignée et la garde en laiton sont coulées d'une seule pièce. La poignée est massive, plutôt destinée à de grosses mains pleines de doigts. Elle se distingue immédiatement par son décor d'écailles, son gros pommeau arrondi et un fort bouton de rivure. A l'origine, le pommeau était décoré d'une fleur de lys de chaque côté, cependant, au fil des différents régimes, celle-ci a disparu. Les glaives Mle 1816 faits après 1830 ont reçu un coq à la place de la fleur de lys. Attributs copieusement limés et effacés après 1848 ... sic transit ...

    La soie de la lame traverse la poignée de bas en haut et vient se bloquer par rivure au sommet du pommeau. Trois fortes goupilles en fer rivées traversent latéralement la poignée. Une épaisse cravate en cuir blanchi est prise entre la lame et la garde. Cette cravate est destinée à amortir le contact du fourreau avec la garde.

    Fort simple, la garde, droite, plate et symétrique, ne porte comme décor qu'un contour en relief et se termine de chaque côté par deux rouleaux. Sous cette garde sont frappés les poinçons réglementaires des Contrôleurs et Réviseurs attachés à la Manufacture Royale de Klingenthal.

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    La lame est signée d'un côté Coulaux Frères et Cie et de l'autre à Klingenthal.

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    Coulaux et la Manufacture d'Armes de Klingenthal.
    Le nom de Coulaux, notamment Jacques et Julien, est étroitement liée à la Manufacture de Klingenthal (en alsacien = la vallée des lames) Cette Manufacture d'abord Royale, puis Impériale puis Royale à nouveau, s'est spécialisée dans la fabrications des armes blanches : essentiellement les sabres et les bayonnettes. Il est à noter que Jacques Coulaux participera à la création de la Manufacture d'Armes de Mutzig. La Manufacture de Klingenthal sera fermée en 1835, les machines et l'outillage seront expédiées à la Manufacture de Châtellerault qui reprendra la fabrication des armes blanches réglementaires.
    Cependant, en 1838, la fabrique est rachetée par Julien Coulaux et poursuivra la fabrication et la vente d'armes blanches réglementaires et semi-réglementaires tout au long du XIXe siècle, traversant les différents régimes politiques, survivant à l'annexion allemande de 1871 et perdurant jusqu'en 1962, rachetée par les Forges de Firminy avant de cesser toute activité la même année.

    Le Glaive d'Artilleur à Pied Modèle 1816 aura une belle descendance via l'adoption du Sabre de Troupe à Pied Modèle 1833 et des glaives type 1855. À l'étranger, la Russie, la Suisse, le Royaume de Piémont, les USA copieront largement ce glaive.

    Mais revenons à notre arme :

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    Le fourreau en cuir comporte deux garnitures en laiton, la chape portant un pontet brasé destiné à accueillir un passant de cuir. Ce passant assujettissait le sabre sur un gousset porté sur le ceinturon. La bouterolle ferme le fourreau par le bas. Ces deux garnitures sont simplement agrafées au cuir du fourreau.

    L'autre côté du fourreau nous montre la couture médiane, elle aussi en excellent état :

    Glaive d'artilleur à pied Modèle 1816

    Il faut savoir que les fourreaux en cuir sont infiniment plus rares que les armes qu'ils protègent. Le cuir supportant très mal les années, sauf entretenu régulièrement. En particulier, l'habitude de vernir les fourreaux a été destructrice à long terme, l'imperméabilité qu'on pensait donner au cuir se réalisant par une progressive dessiccation. Le cuir desséché finit par partir en poudre et à se décomposer. L'inverse, c'est à dire la pourriture aboutit à la même destruction. Le cuir est une matière d'origine vivante qui a besoin d'être régulièrement entretenue, alimentée précautionneusement en matière grasse, puis astiquée de sorte que le traitement pénètre en profondeur.

    A bientôt pour d'autres découvertes !

    Chanzy


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  • Bonjour,

    Voici un Sabre Modèle 1767 composite, un "assemblage révolutionnaire" :

    Un sabre Modèle 1767 composite

    Certainement à la suite d'un accident ou elle a perdu sa lame, une poignée Modèle 1767 a été emmanchée sur une lame de récupération. Probablement celle d'un sabre de cavalerie, car très épaisse et possédant une large gouttière.

    Cette lame est fortement piquée et on n'y voit aucun poinçon ni marquage.
    (Je précise de ce n'est pas la lame d'un 1821, ni 1822 ni d'un 1845/55 )

    Gros plan de la poignée.
    Il s'agit bien d'une poignée Mle 1767 composée de deux pièces en laiton :
    - la fusée à 19 cordons et son énorme bouton de rivure
    - l'ensemble garde-croisière avec les faux oreillons et la queue en pointe de diamant :

    Un sabre Modèle 1767 composite
    Un sabre Modèle 1767 composite
    Un sabre Modèle 1767 composite
    Un sabre Modèle 1767 composite
    Un sabre Modèle 1767 composite

    Dimensions :
    Longueur totale : 84 cm
    Longueur lame : 70 cm
    Largeur lame : 3,2 cm
    Épaisseur lame : 8 mm

    Ce sabre a certainement équipé un grenadier d'une demi-brigade de la « levée en masse ».
    On avait tenté de supprimer le terme de régiment, trop connoté "royaliste" aux oreilles de certains conventionnels ...

    Ce type de sabre est de nos jours encore relativement courant, c'est même un thème de collection en tant que tel.

    Bonne visite et à bientôt.


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  • Pour ce nouveau portrait il ne s'agira pas d'un militaire d'active dans son grand uniforme avec ses épaulettes et sa coiffure réglementaire.

    Voici un Chouan, un gars du bocage. Un de ceux qui qui se sont révoltés contre un pouvoir brutal et lointain qui lui a ôté son Roi et qui veut lui ôter son Dieu. Contre ces diables qui incendient les églises, qui fusillent les prêtres et noient les femmes et les enfants.

    Le Gars Pierre en 1794

    Notre homme n'a pas d'uniforme. Il a juste cousu le Sacré Cœur sur son chapeau, ça lui tient lieu de signe de reconnaissance. Et tout le monde comprend.

    Pas d'uniforme, mais bien armé. Il porte le fusil de guerre des "Bleus", un fusil de grenadier avec sa baïonnette. De quoi coucher tout ennemi jusqu'à 80 pas.

    Lors de l'embuscade de samedi dernier, il s'est attribué le baudrier et le sabre du caporal qu'il a tué. Mais surtout, il lui a pris ses chaussures et ses guêtres !

    C'est la Guerre totale, l'extermination ou la victoire. Ce sera l'extermination.

    Paysan endurant, connaissant le pays à fond, le Gars Pierre est de faction au bivouac de sa paroisse, dans un bois du côté de Cholet.

    Le fusil modèle 1777 de grenadier mesure 1,52 mètre et pèse 4,5 kilos. Il tire une balle ronde en plomb de 16,54 mm de diamètre pesant 27 grammes. La charge de poudre - amorce incluse - est d'1/40e de livre, soit 12,24 grammes. La vitesse initiale de la balle dépasse les 400 mètres par seconde et sa précision est suffisante jusqu'à 50 - 60 mètres.

    La lame de sa baïonnette mesure 14 pouces, soit 38 cm. Elle ne tombe jamais en panne, surtout quand il pleut.

    Le sabre est du modèle de 1767, une lame de 64 cm toujours prête au cas où …

    Dessin sous Illustrator d'après une vignette en noir et blanc trouvée sur la page d'un journal local.


    A bientôt


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  • Bonjour,
    Voici une pièce intéressante : le Sabre de Grenadier Modèle 1767.

    Comme vous le verrez, cette arme est en très bon état, il n'y a aucun jeu, la lame est d'origine et dans sa longueur.

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    Ce type de sabre apparaît dans l'Infanterie sous le règne de Louis XV. Cette arme va être règlementée sous le modèle de 1767.

    Par dérision, les cavaliers - Hussards, Cuirassiers -  lui donneront le surnom de " briquet ". En effet, la forme de leur poignée rappelait celle de l'outil avec lequel on allumait les feux en le battant sur un silex.

    Ce Sabre n'est attribué qu'aux soldats des compagnies d'élite de l'Infanterie, les Grenadiers. Ce qui explique le prestige qui était attaché à ces petits sabres, malgré leur faible utilité tactique.

    Le Sabre Mle 1767 va servir très longtemps et sera de tous les champs de bataille de l'Armée Royale jusqu'à la Grande Armée.
    Des variantes "révolutionnaires" de ce sabre seront fabriquées dès 1790, se caractérisant par un dessin simplifié de la poignée - moulée d'une pièce - donc bien plus solide.
    Je vous ai déjà présenté celui-ci :
    http://graphistoire.eklablog.com/un-sabre-de-grenadier-modele-1767-90-a92839739

    On montera également des lames réformées de sabres de cavalerie sur des poignées 1767, les armes manquant toujours plus que les hommes ... Je reparlerai de ces assemblages.

    Voici le portrait du sabre, une arme compacte, relativement légère et toujours utile pour le fagot de bois au bivouac.

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    La garde est en laiton composé de deux pièces assemblées, la poignée proprement dite et l'ensemble garde-croisière. Remarquer sur la lame le poinçon à la Fleur de Lys entouré des lettres capitales P et R :

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767
    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    Le dos de la poignée se distingue par un méplat prononcé. On remarque l'imposant bouton de rivure de la soie au sommet de la poignée :

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    La garde est plutôt fine, les angles sont arrondis :

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    La croisière est de forme triangulaire et comporte une queue en pointe de diamant. On remarque les oreillons qui bloquent la croisière dans la poignée et son crochet qui s'encastre dans une mortaise pratiquée sous le pommeau :

    Un Sabre de Grenadier Modèle 1767

    Description :

    La lame est en fer, courbe, plate et sans gouttières. Flèche de 23 mm
    Poignée en laiton fondu à 21 cordons, croisière avec oreillons et queue en pointe de diamant, garde aplatie mortaisée dans le pommeau.

    Dimensions :

    Longueur totale : 78,5 cm
    Longueur lame : 64 cm
    Largeur lame : 3,7 cm
    Épaisseur lame : 4,85 mm
    Poids : 0,78 kg

    Marquages :

    Sur la lame, capitales P et R avec poinçon à la Fleur de Lys.


    -----------------------------

    En conclusion, c'est un témoin de notre histoire, en état étonnamment frais compte tenu de son âge et des évènements qu'il a dû vivre.

    A bientôt.


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  • Voici l'une des plus belles armes de ma collection : la Carabine Modèle 1859.

    Ma Carabine Modèle 1859

    Petite restitution historique :

    La Carabine Modèle 1859 est la dernière arme réglementaire Française à percussion et à chargement par la bouche. Elle clôt une aventure de plus de 20 années dans la recherche de la précision du tir de combat.

    Plus largement, de 1830 à 1870, du règne de louis-Philippe jusqu'au Second Empire, ces 40 années auront été la période la plus riche au plan du progrès technique et économique. Il faut se figurer un monde passant de la traction animale au chemin de fer, de la marine en bois et à voile aux frégates cuirassées à vapeur. L'électricité est utilisée quotidiennement avec le télégraphe. Le gaz sert à l'éclairage et au chauffage de Paris. On creuse le canal de Suez. Les vols en ballon, libres ou captifs, sont pratiqués couramment.

    Notre armement, intégralement lisse et à silex en 1830, adopte la percussion en 1840 et on fait les premières expériences du rayage des canons. En 1850, les carabines rayées sont de toutes nos campagnes. En 1854, on commence à rayer les fusils de l'infanterie. En 1860 toutes les armes de l'armée sont rayées et tirent un projectile expansif adapté. Les premières expériences de chargement par la culasse sont menées, conduisant à l'adoption du Chassepot puis des armes à tabatière.

    En 1870, notre armée avait plus que rattrapé son retard sur la Prusse (équipée du Dreyse à aiguille depuis 1841)

    Les carabines équiperont les régiments d'intervention du Second Empire : les Zouaves, les Chasseurs et la Légion Étrangère. La Carabine Modèle 1859 sera utilisée lors de la Campagne du Mexique et équipera la 3ème Compagnie du 1er Bataillon du Régiment Étranger au combat de Camerone le 30 Avril 1863.

    Revenons à mon arme.

    Elle a été fabriquée en 1861 à la Manufacture Impériale de Saint Étienne. Elle n'a jamais distribuée en Corps de Troupe, comme l'atteste sa plaque de couche sans identification de Corps et l'absence de matricule (canon et crosse).

    Comme toutes ses congénères, c'est une arme assez massive, un canon court mais épais. C'est construit costaud. Elle est très lourde pour sa taille, bien davantage avec son immense sabre-baïonnette.
    Voici un dessin (Illustrator, bien entendu) fait en 2011 :

    Ma Carabine Modèle 1859

    
Ses caractéristiques :
    • Poids : 4,47 kg

    • Longueur : 1,26 m

    • Calibre : 17,8 mm

    
• Vitesse initiale : 310 m/s
    • Rayures : 4 tournant de gauche à droite, pas de 2 m, larges de 7 mm, à profondeur dégressive de 0,5 mm au tonnerre à 0,3 mm à la bouche.
    
• Hausse : réglable à planchette et curseur, graduée de 150 mètres (rabattue) à 1100 mètres (relevée)
    
• Sabre-Baïonnette : modèle 1842 ou 1842/59

    • Cartouche : modèle 1859, balle à jupe Mle 1859 de 48 g, charge de 5,25 g. Conditionnées par 6 avec 8 amorces de guerre, paquet bleu.


    Peformances :
    • à 200 mètres, la largeur du quadrilatère haut de 2 mètres ayant pour centre le point moyen est de 0,50 m.
    • à 300 mètres, la largeur du quadrilatère haut de 2 mètres ayant pour centre le point moyen est de 1 m.
    • à 400 mètres, la largeur du quadrilatère haut de 2 mètres ayant pour centre le point moyen est de 1,50 m.


    La carabine 1859, tout comme les fusils 1857, 1854 et 1853 T a été progressivement remplacée dans les Corps de Troupe par le fusil 1866 Chassepot mis en fabrication dès la fin de 1866.

    Aussitôt après le Chassepot, nous adoptions le système 1867 dit "à tabatière" pour l'armement des troupes de réserve, la Garde Nationale Mobile. On transforma selon ce modèle plus de 300.000 fusils 1857 et carabines 1859. En effet, ces armes étaient pour la plupart flambant neuves et étaient stockées dans nos arsenaux. On a ainsi transformé la plupart de nos carabines 1859.

    Du coup, la carabine 1859 est plus rare que la carabine 1853 T. Elle est aussi plus recherchée car souvent en bien meilleur état.



    Voici la carabine, portrait vue de droite et de gauche. La baïonnette est du modèle 1842/59 à ressort interne :Ma Carabine Modèle 1859

    La platine et le marquage de la Manufacture Impériale de St Etienne. Poinçon du contrôleur des platines. Le chien est à l'armé, découvrant la cheminée vissée sur la masselotte. On remarque que la masselotte est décalée sur la droite, cette disposition avait été retenue sur les armes du système 1853 afin de dégager la ligne de visée. Le marquage MI. La platine est du modèle de 1857, amélioration de celle de 1847 elle-même modification de la platine 1840. Ces platines ont la particularité d'êtres fixées par une vis à ergots fixe à l'arrière et une vis traversante à l'avant et vissant sur une rosette faisant office de contre-platine :
    Ma Carabine Modèle 1859

    À noter que la cheminée montée sur l'arme est une cheminée de tir moderne. Car la cheminée réglementaire est percée à 1,8 mm. C'est un orifice bien trop large pour les poudres modernes. Afin d'éviter les pertes de pression - voire les crachements - il est prudent de monter une cheminée percée à 0,9 mm. Bien entendu, les filetages sont les mêmes.

    La platine vue de l'intérieur. Remarquer sa compacité et sa simplicité. Un seul ressort en V agissant vers le haut sur la noix par l'intermédiaire d'une chaînette. Et vers le bas sur la gâchette. La bride de noix est assujettie par deux piliers vissés sur la platine. un troisième étant l'axe de pivotement de la gâchette. La platine porte le marquage Mle 1857, modification de la platine 1847 au niveau de la chaînette :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Le logement de la platine. Noter le marquage en chiffres romains, XIII. Ces marques faites au burin se retrouvent sur la tranche de la platine. Elles ont été apposées par l'ouvrier platineur pour identifier la platine avec la monture au moment du montage final. La monture est à l'état de neuf, arêtes vives, têtes de vis ayant marqué le bois, encastrement serrés :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Une vue cavalière de la platine et de la hausse, planchette relevée. Remarquez le marquage S.1861. S étant l'initiale indiquant la Manufacture St Etienne. Et l'année de fabrication 1861. Marquage MI pour Manufactures Impériales :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La hausse. La planchette porte une échelle de distances à gauche, graduée de 250 à 1000 mètres. L'échelle de droite est graduée en millimètres et sert à affiner une visée. Un cran de mire mobile est monté à frottement doux sur la planchette. Le cran de mire au pied de la planchette est à la hausse de combat de 150 mètres :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La crosse et la monture jusqu'à la platine. Remarquer la forme de la queue de détente, très confortable et favorisant un lâcher progressif. Cette forme de détente sera malencontreusement abandonnée sur le Chassepot. Il faudra attendre le fusil Mas Mle 1936 pour retrouver en France une détente adaptée à la forme du doigt :Ma Carabine Modèle 1859

    La monture, de la platine à la capucine :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La monture et la capucine-grenadière retenue par un ressort à épaulement :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La monture et l'embouchoir. Le ressort à pivot, la baguette, le tenon de baïonnette et le guidon :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La crosse vue de droite. Hormis le macaron effacé, le bois est dans un état remarquable :Ma Carabine Modèle 1859

    La capucine-grenadière. Notez le battant de bretelle, le ressort et la baguette dans son canal. Et, à nouveau, un très bon état général :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La sous-garde et le pontet, identiques aux pièces du fusil 1857, hormis l'absence de battant de pontet, reporté sous la crosse. La sous-garde crantée est un héritage du fusil Modèle 1777 corrigé An IX :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La plaque de couche et le battant de bretelle. On remarque que le bois de la crosse est plus large que la plaque de couche. Cette disposition était voulue et destinée à éviter que, sous l'effet de l'usure, les bords de la plaque de couche ne blessent le tireur. À savoir que la même précaution sera prise sur les crosses de toutes nos armes règlementaires, jusqu'aux fusils Mas 49/56 (dernière arme réglementaire française ayant une monture en bois) :
    Ma Carabine Modèle 1859

    L'embouchoir et son ressort à pivot, le canon avec le guidon, le tenon de baïonnette et sa directrice. La baguette et sa tête caractéristique. Elle est percée de part en part afin, après y avoir glissé une broche, de donner un couple de rotation pour utiliser le tire-balles qu'on visse à l'autre bout :
    Ma Carabine Modèle 1859

    La rosette de contre-platine faisant écrou pour la vis de fixation de la platine :
    Ma Carabine Modèle 1859

    L'intérieur du canon, les 4 rayures :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Le Sabre-Baïonnette Modèle 1842/59. La forme de la lame en yatagan avait été adoptée en 1840 pour dégager l'espace nécessaire au chargement du canon par la bouche et éviter que le tireur se blesse.
    Et non pour impressionner l'ennemi comme on pourrait le croire :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Comme on peut le constater, l'arme est en excellente condition, notamment l'intérieur du canon aux rayures profondément marquées. Aucune corrosion, pas d'accident ni de bague. Les parties extérieures ont été nettoyées il y a longtemps, d'une manière trop appuyée et faisant malencontreusement disparaître certains marquages, mais tout est sain et sans jeu. Les crans de la platine sont francs et nets.

    Cette arme splendide est malheureusement devenue relativement rare, d'une part suite à la transformation massive des carabines 1859 au système 1867 (tabatière) et d'autre part à cause des nombreuses prises effectuées par les Prussiens en 1870, n'hésitant pas à piller des dépôts se trouvant sur le chemin de leurs armées. Au début du XXe siècle, les armes ainsi raflées ont été massivement revendues en tant qu'armes de traite. Triste fin pour d'aussi belles armes. Vae Victis !

    Bien entendu, comme toutes mes armes, ma carabine est en état de tir.

    Je l'ai essayée avec des ogives Mle 1854 au calibre de 17,9 mm :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Le moule et ses ogives Mle 1854 que j'avais fait faire pour mon fusil Modèle 1853 T Car aux mesures de son canon (Ce fusil vous sera présenté ultérieurment) :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Ces ogives étaient légèrement surcalibrées, signe que le canon de la carabine est resté à son diamètre nominal et qu'il n'a pas subi d'usure.

    Voici le carton d'essai, un tir de 5 coups à 25 mètres. Balles Mle 1854 sur charge de 5,25 g de poudre à mousquet. Canon écouvillonné entre chaque coup :
    Ma Carabine Modèle 1859

    Tir prometteur, mais surtout démonstration de l'importance de l'adéquation du diamètre de l'ogive avec celui du canon.
    Lors d'un autre tir, les balles, trop larges ne rentraient que très difficilement dans le canon, tir interrompu au bout du 7e coup.

    Dès que possible, je ferai fabriquer un moule pour une balle Mle 1859 au calibre de 17,85 mm afin de la recalibrer à 17,83 mm.

    A bientôt


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  • Voici un nouveau venu dans ma collection :

    Mon fusil Modèle 1822 T Bis a été fabriqué à Tulle en 1827 comme fusil d'infanterie à silex. Il mesurait alors 1,471 m.

    A ce moment, les fusils Modèle 1822 sont l'aboutissement de près de 200 ans d'usage de la platine à silex. Avec la platine Mle 1822, la plupart des défauts de la platine An IX auront été corrigés, notamment les longs feu et les ratés d'allumage. Ces fusils participeront à la conquête de l'Algérie, et aussi aux journées sanglantes de Juillet 1830, les 3 glorieuses.

    L'adoption de la platine à percussion (Carabines 1837 et 1838, fusils 1840 et 1842) allait démoder d'un seul coup plusieurs centaines de milliers de bons fusils à silex, essentiellement des fusils Modèle 1822.

    Dès 1842, décision fut prise de transformer ces armes et de les adapter à la percussion. En effet, les armes Mle 1842 étaient lisses et tiraient quasiment la même balle ronde que celle des 1822.

    Mon fusil a donc été transformé T vers 1843 à la Manufacture de Mutzig pour sa mise à la percussion :
    - obturation de la lumière.
    - pose, sur la queue de culasse, d'un cran de mire fixe .
    - pose, sur la droite du tonnerre, d'un grain sphérique taraudé pour y visser une cheminée.
    - alésage du canon à 18 mm. Le canon reste lisse.
    - dépose du chien, du bassinet, de la batterie et de son ressort.
    - obturation des orifices inutilisés.
    - mise en place d'un chien-marteau dont la tête est décalée sur la gauche pour coiffer la cheminée.

    Voici un schéma de la platine Mle 1822 transformée (Cours de Tir - Études théoriques et pratiques - 1864)

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     

    Le reste des pièces est conservé.
    Ainsi transformée, l'arme est retournée en corps de troupe.

    Mais en 1854, à l'occasion de la Campagne de Crimée, deux évènements vont se produire qui vont bousculer les choses et faire faire à notre armement un progrès important.

    1/ En 1854, la Garde Impériale nouvellement crée va recevoir ses fusils. Ils sont basés sur le fusil Modèle 1853. Mais surtout, ils sont rayés et ils tirent une balle ogivale à jupe creuse qui découle directement des expériences faites sur le tir des projectiles auto-forçants dans les armes rayées. Cette balle creuse fut dessinée par le Capitaine Minié.

    2/ En 1855, à l'occasion des combats en Crimée et à Sébastopol, nous mettions en œuvre avec succès plusieurs formations équipées d'armes rayées.
    Les Zouaves en particulier vont tirer parti de leurs Carabines Modèle 1853 et Fusils Modèle 1853 T Car qu'ils recevront dès 1855. Ces armes leur permettent d'abattre des canonniers russes jusqu'à 500 mètres de distance.
    Mais on se rend compte qu'en dehors de ces unités, l'Armée ne met en ligne que des armes lisses, donc démodées : fusils Mle 1853 neufs, fusils 1842 et 1822 T. Alors que, dans le même temps, l'ensemble du Corps Expéditionnaire Anglais est doté de l'excellent Enfield Pattern 1853, fusil rayé et de calibre réduit.


    Nous venions de prendre conscience que le rayage de leurs fusils donnait aux fantassins une allonge et une précision impossibles à obtenir avec des armes lisses. Et que nos voisins avaient pris de l'avance et disposaient d'un armement supérieur.

    Et, en 1857, l'Empereur décidait que l'ensemble des armes à feu de l'Armée Française soient rayés. Par transformation pour les armes existantes, dès leur conception pour les armes à venir.

    Pour revenir à mon fusil, il a été transformé Bis en 1859 à St Étienne à l'occasion de la mise en rayure du canon. Comme tous ses semblables, il a été raccourci aux dimensions des fusils de voltigeurs et mesure désormais 1,41 m :
    - mise en rayure du canon : 4 rayures au pas de 2 mètres, larges de 7 mm, profondes de 0,3 mm.
    - pose d'un nouveau cran de mire réglé à la distance de 300 pas à la place de l'ancien.
    - raccourcissement du canon et de la monture.
    - déplacement de l'embouchoir et de son ressort, du tenon de baïonnette et du guidon.

    A chaque étape, les marquages et poinçons réglementaires sont apposés sur le canon et la crosse.

    La monture n'a pas été remplacée : elle a conservé la joue d'origine et la pastille MR.

    En fait, mis à part les pièces "percussion" (1843) et la baguette (1859), tout est d'origine, canon, bois, platine, garnitures.

    Le fusil est dans un état surprenant, en particulier l'intérieur du canon : quasiment aucune usure n'est à relever comme l'atteste le pied à coulisse : 18,05 mm relevé à la bouche. La baïonnette modèle 1822 se fixe en place sans aucun jeu.

    La monture en noyer châtain est très bien conservée, avec de rares traces de chocs, aucune fêlure, à peine quelques zones assombries.

    Mécaniquement, on ne relève aucun jeu. Les ajustages sont serrés, les arêtes sont restées bien marquées.

    Vu son état, après une période en unité (matricule sur le canon et la crosse), et deux passages en Manufacture (il en a fait, des kilomètres, entre Tulle, Mutzig et St Étienne ...) il a dû prendre tranquillement la poussière au fond de l'armurerie d'une Garde Nationale Sédentaire dans une sous-préfécture rurale. On en trouve encore parfois dans les combles d'anciennes mairies ...

    Au plan opérationnel, les fusils Mle 1822 T et T Bis constitueront longtemps l'armement de base de l'infanterie, à côté des fusils modèles 1842, 1853 et 1857.
    Les 1822 T sont utilisés au siège de Sébastopol (1854-55), en Italie (1859)
    Les 1822 T Bis iront aussi au Mexique (1862 à 1867) et on en a retrouvé aux mains de guérilleros mexicains bien après le départ des Français. Pendant la guerre de 1870-71, on connaît plusieurs photos de Mobiles ayant reçu le fusil 1822 T Bis comme arme individuelle ... (souhaitons-leur n'avoir pas été à la riflette avec)

    Ces armes auront quand même été utilisées pendant près de cinquante ans !
    Je ne sais pas si nos modernes FAMAS sauront durer autant ... ?
    186 ans après sa fabrication, ce fusil est toujours en état de tir !


    En résumé, un fusil bien homogène, mêmes matricules 330 puis 1870 frappés sur le canon, la crosse, la platine. Une belle monture en noyer châtain en excellent état, encastrements nickels, arêtes vives. Mécanique sans aucun jeu. Le canon est à l'état quasi neuf, un peu marqué vers la bouche (comme souvent sur ces fusils)

    -----------------------------------------

    Voici un petit reportage.

    Portrait, vues droite et gauche.
    On remarque que l'embouchoir a été reculé sur la monture avec son ressort. Cette arme magnifique est en excellent état. Un beau contraste de la couleur miel du bois avec l'éclat du métal poli :

    La crosse vue de gauche : la joue, le matricule régimentaire 1870, le n° d'ouvrage 330 :

    La crosse vue de droite : macaron de réception et cheville en buis MR "Manufactures Royales". Poinçons de recette.
    Marquage MUTZIG, manufacture de la transformation T.
    Marquage St ETIENNE, manufacture de la transformation Bis.
    À nouveau, on remarque un bois à l'état quasiment neuf.


    Le canon au niveau du tonnerre.
    Sur la queue de culasse, marquage réglementaire du modèle 1822 T Bis et hausse fixe à cran de mire. L'ancienne hausse était au même emplacement, moins haute et d'une forme plus anguleuse
    Le chien dont la tête est fortement décalée à gauche pour coiffer la cheminée :
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis 
    La contre-platine, appelée aussi esse :Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    Marquages à gauche du tonnerre :
    Poinçon B avec étoile : Brunon Frères, entrepreneurs à Tulle, forgerons, fabricants de canons pour la Manufacture de Tulle de 1819 à 1835.
    
Marquage C de 18 pour Canon de 18 (mm)
.
    
Numéro 330, n°d'ouvrage, probablement de la mise à percussion.
    Matricule régimentaire 1870 :

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis
    Marquages à droite du tonnerre :

    Millésime (usé) de la fabrication initiale : 1827. Poinçons de recette et de contrôleurs.
    En dessous - et normalement caché par la platine - l'initiale S de la manufacture ayant mis le canon en rayure et millésime de cette modification : St Etienne en 1859 (transformation précoce) :

    La platine et la monture jusqu'à la capucine. Une arme en état exceptionnel.
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    La monture, de la capucine à la grenadière avec son battant. Ces garnitures sont retenues par un ressort à épaulement :

    La monture de la grenadière jusqu'à la bouche du canon. L'embouchoir est retenu par un ressort à ergot. La baguette en place dans sa rainure, sa tête affleure la bouche du canon. Soudés au canon, le guidon et le tenon de baïonnette.

    La plaque de couche.
    Normalement, selon le règlement de Mars 1854, elle devrait porter le numéro du Corps de troupe, puisque le canon et la crosse sont matriculés ...
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     
    L'intérieur du canon. 4 rayures au pas de 2 mètres, elles sont propres et nettes. On remarque les marques de baguette à 6-8 cm de la bouche :


    La platine.
    Vue extérieure. C'est une Corrézienne Royale. On remarque la pièce d'obturation du logement du bassinet. Le pontet porte les initiales AT, probablement celles d'un sous-traitant. Devant le chien, le poinçon C couronné dans un rectangle à pans coupés, probablement Cazamajou, Contrôleur à Tulle de 1813 à 1830.
    A noter que les arêtes du bois sont aussi nettes et vives qu'au temps de sa fabrication en 1827 :

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     
    L'intérieur de la platine. Parmi les différentes marques d'ouvriers, on retrouve le n° d'ouvrage 330 :

    Zoom sur la noix ... à 3 crans et longue course du bec de gâchette !


    Surprise ... sous la plaque de couche.
    Un orifice profond d'1 cm, large de 15 mm. On voit nettement l'empreinte d'une Fleur de Lys et au centre, comme un trou de vrille. C'est l'emplacement de la poupée de la machine à travailler les crosses, certainement l'une des premières machines-outil combinées. Ces machines sont apparues pour faire les montures des fusils Mle 1822. Elles assuraient découpe, biseautages, rainurages, fraisages et taraudages des ébauches en noyer :
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    A bientôt.


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