• Nous allons faire un peu de mécanique, c'est nécessaire pour comprendre le fonctionnement des armes anciennes. Nous utiliserons la platine modèle 1777 corrigé An IX pour illustrer cet article.

    La platine à silex

    Pendant presque deux cent cinquante ans, jusqu'à la moitié du XIXe siècle, les armes à silex vont règner sur l'ensemble des armes portatives.

    La platine à silex moderne a été inventée au début du XVIIe siècle par un arquebusier français, Marin Le Bourgeois. Il a perfectionné les platines hollandaises « à chenapan » et espagnoles « à miquelet » en les simplifiant mécaniquement. L'apparition de cette platine a permis notamment l'adoption d'un type d'arme révolutionnaire : le fusil.

    Le principe de la platine à silex repose sur le choc d'un morceau de silex taillé en lame sur une pièce en acier appelée fusil puis batterie afin de produire une gerbe d'étincelles, en réalité des particules d'acier en fusion arrachées par le choc du silex. Ces étincelles sont projetées sur un petit réservoir rempli de poudre d'amorçage appelé bassinet, communiquant avec la charge principale par un canal appelé lumière.

    La platine à silex

    La platine de Marin Le Bourgeois peut être qualifiée de platine automatique, car les différents mouvements mécaniques s'enchaînent sans temps mort sous l'action d'un choc unique et de plusieurs ressorts.

    En France, cette platine a donné naissance à la première arme réglementaire au monde : le fusil de munition modèle 1717. Pour la première fois, un objet complexe était conçu selon un modèle défini, comportant des cotes et des caractéristiques précises, utilisant des matières premières spécifiques et dont les pièces étaient fabriquées selon un processus écrit et contrôlé.

    De 1640 à 1822, le fonctionnement et l'utilisation des différentes platines à silex ne variera pas. De fait, la platine à silex ne connaîtra quasiment que des améliorations de détails.

    L'énorme avantage de la platine de Marin Le Bourgeois a été de s'affranchir de la mèche incandescente qu'il fallait conserver allumée. Cette mèche, qui avait tendance à s'éteindre sans prévenir, rendait les combats de nuit impossibles, sans parler du danger qu'il y avait de conserver une braise à proximité de réserves de poudre ...

    La platine à silex

    La platine à silex, nous l'avons dit, a permis l'apparition d'une arme nouvelle : le fusil. Cette arme longue a d'ailleurs emprunté son nom à la pièce d'acier que vient frapper le silex, aussi appelée batterie.

    Le fusil est beaucoup plus léger que le mousquet qu'il remplace. Ce gain de poids va permettre au fusilier d'abandonner la fourquine du mousquetaire sur laquelle il devait appuyer le canon de son arme pendant la prise de visée. Plus léger, mais aussi plus long, le fusil va rapidement recevoir un attribut qu'il ne quittera plus : la bayonnette. Du coup, les piquiers, qui formaient la moitié de l'effectif des bataillons, vont disparaître. L'unicité de l'armement sera réalisée autour du fusil. Bientôt, notamment à Fontenoy, on va pouvoir articuler la manœuvre d'infanterie autour du feu et plus seulement du choc.

    Le fusil à silex donne au fantassin entraîné la possibilité de tirer 3 coups par minute, chose impossible avec un mousquet. Le fantassin emportera davantage de munitions, désormais conditionnées en coups complets, la cartouche. Elle réunit la charge d'amorçage, la charge principale et la balle dans un étui en papier qui enveloppe le tout et sert aussi à caler la balle dans le canon et permet de réduire la différence de diamètre.

    La platine à silex

    La platine à silex, qui avait détrôné la platine à mèche, avait le grave défaut de ne pas fonctionner sous la pluie ni par temps de brouillard. Par ailleurs son mode de fonctionnement et l'utilisation de la cartouche imposait un chargement que nous pourrions définir comme ... pifométrique.

    En effet, le soldat devait, après avoir déchiré le papier de la cartouche, remplir le bassinet « d'une certaine quantité » de poudre, puis, après avoir refermé la batterie, versait le reste de la poudre dans le canon, puis la balle (ronde) enveloppée dans ce qui restait de l'enveloppe. Le tout debout et immobile sous la mitraille ennemie ... Même par temps sec, une platine à silex est sujette aux incidents de tir. On a compté parfois 20 % de ratés. La qualité de la pierre, son affûtage et son bon maintien par le chien sont déterminants. Mais aussi la qualité de la poudre utilisée.

    Voici quelques schémas pour comprendre le fonctionnement d'une platine à silex.

    La platine à silex

    La platine à silex


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