• Un fusil modèle 1840 très particulier

    Voici une arme très rarement rencontrée :

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le fusil modèle 1840.

    Avant d'examiner mon fusil, voici quelques éléments hitsoriques et techniques.

    Adopté pour remplacer les armes à silex en service (fusils modèles 1822 et 1816, sans compter les nombreux fusils An IX rescapés des campagnes de l'Empire), le fusil modèle 1840 ne sera qu'une arme d'essai. En effet, à peine adopté et tout juste mis en fabrication, il sera remplacé par le modèle 1842.

    Le fusil Mle 1840 marque un tournant important dans l'histoire technique de notre armement : l'abandon de la platine à silex qui était utilisée depuis près de deux cent cinquante années. Désormais, on va utiliser une platine à percussion utilisant des capsules métalliques contenant un composé chimique qui produit une flamme sous l'effet d'un choc : le fulminante de mercure. Ces capsules vont rapidement prendre l'appellation d'amorces.

    La mise de feu par percussion a pour effet d'améliorer le rendement et la précision des armes. En effet, sur les armes à silex, le tir était d'une grande irrégularité car le tireur était obligé de prélever une certaine quantité de poudre de sa cartouche pour remplir le bassinet.
    Cette quantité était le plus souvent mal mesurée, surtout dans les combats. Par ailleurs, certains soldats profitaient de ce "prélèvement" pour jeter une partie de la poudre restante afin de diminuer la force du recul.
    La mise à feu par silex entraîne aussi des déperditions de gaz par la lumière au moment de l'inflammation de la charge. Encore une fois, ces déperditions pouvaient êtres aggravées par l'action du soldat qui, bien souvent, élargissait la lumière pour faciliter l'allumage de la charge, ou pour pouvoir amorcer "à coups de crosse". Le plus souvent c'était pour diminuer la violence du recul.
    Enfin la platine à silex connaissait un taux de ratés assez important. Poudre mouillée et silex endommagé étant les principales causes de ces ratés.
    (Voir l'article de ce Blog sur la platine à silex)

    La pltatine à percussion supprime tous ces inconvénients.

    Le fusil 1840 sera d'abord fabriqué au calibre de 17,48 mm pour une balle ronde en plomb de 16,54 mm de diamètre. En cours de fabrication, on adoptera le calibre de 18 mm qui sera standardisé, il tire une balle ronde de 17,5 mm.

    La platine modèle 1840 est du type "inversée" ou "à la Poncharra", dans lequel un seul ressort agit sur la noix et sur la gâchette, d'ou un nombre réduit de pièces, une fabrication plus simple, et un coût réduit.

    Le fusil Mle 1840 va adopter une disposition inédite. En effet, pour obtenir une balle ajustée au diamètre du canon, on avait imaginé d'aménager le fond du canon en chambre à poudre d'un diamètre légèrement plus petit. L'idée étant que la charge de poudre remplisse la chambre rétrécie et que la balle se bloque contre le chanfrein d'entrée de cette chambre. Le tireur frappait alors la balle de sa baguette pour l'élargir de sorte qu'elle s'ajuste au canon.

    Jusqu'à présent, en effet, on tirait une balle ronde d'un diamètre légèrement plus faible que celui du canon, ce qui engendrait une certaine dispersion car la balle, poussée par la détonation rebondissait d'un côté et de l'autre du canon. Au sortir du canon, la balle prenait la direction du dernier rebond … Cette disposition appelée "vent" était un mal nécessaire car la poudre utilisée provoquait une accumulation de résidus et de crasses à tel point que le chargement devenait rapidement impossible après quelques coups.

    La chambre rétrécie ne sera pas conservée plus de quelques mois. En effet, la précision n'était pas significativement améliorée. Cela ne compensait pas le coût de l'usinage de la culasse rapportée. Par ailleurs, la chambre de diamètre réduit était difficile à nettoyer des résidus qui s'y accumulaient rapidement. En cours de fabrication, les chambres furent mises au diamètre du canon, avant d'être purement et simplement supprimées sur les modèles suivants. Sur les fusils 1842, on reviendra à une culasse vissée plus classique.

    Définition :

    Le fusil modèle 1840 est une arme à feu à un coup, à chargement par la bouche, à mise de feu par percussion d’une amorce, à canon lisse, à chambre rétrécie. Les éléments de visée sont constitués d'une hausse fixe à cran de mire et d'un guidon soudé sur l'embouchoir. Il reçoit une baïonnette à douille modèle 1822 pour laquelle un tenon est brasé sous le canon. Le fusil est muni d’une baguette de chargement à tête plate de forme dite en poire. Elle est portée en permanence sur l’arme dans une rainure pratiquée sous la monture. Elle est maintenue dans sa rainure par un ressort interne. Le fusil est équipé d’une bretelle en cuir large de 3,5 cm, réglable par une boucle à ardillon. La bretelle est fixée au battant de grenadière par une boucle fermant par un bouton métallique, le retour de la bretelle passant par le battant de pontet.

    Description :

    Le fusil modèle 1840 une arme d’aspect robuste, bien équilibrée dans ses formes. Ses différentes pièces sont largement dimensionnées. La monture est en noyer blond teinté, le canon est en fer forgé ainsi que l’ensemble des pièces métalliques. Les ressorts, la noix et la bride de noix sont en acier.

    Le fusil d'infanterie mesure 1,445 m et pèse 4,3 kilos sans baïonnette.

    Pièces constitutives :
    •    La monture                 
    •    Le canon                  
    •    La platine
    •    La rosette de contre-platine                              
    •    L’ensemble sous-garde - détente
    •    L’ensemble pontet - battant de bretelle
    •    L’ensemble des garnitures :
        - La capucine
        - La grenadière
        - L’embouchoir
        - La baguette
        - La plaque de couche
        - L’ensemble des vis et ressorts
    •    La baïonnette modèle 1822
    •    La bretelle

    Munitions :
    Le fusil modèle 1840 tire une balle sphérique d’un diamètre de 17,5 mm pesant 29 grammes. La charge est de 8 grammes de poudre. La cartouche en papier réunit la balle et la charge de poudre. La vitesse initiale Vo est de 430 m/s.

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    Mon fusil :

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Les fusils modèles 1840 ne furent jamais distribués dans les régiments d'active.
    Aussitôt assemblé à St Étienne en 1842, mon fusil a été raccourci, probablement pour une Garde Nationale. Il est possible aussi que cela ait été fait pour armer des cadets ou une Légion de Gendarmerie à pied.

    Ses dimensions :
    •    Longueur du fusil :                     118 cm        •   Longueur totale avec baïonnette :    163 cm   
    •    Longueur du canon :                  78,8 cm       •   Longueur de la baguette :                76,5 cm       
    •    Longueur de la ligne de mire :    65 cm          •   Longueur de la baïonnette :              53 cm         
    •    Poids total avec baïonnette et bretelle :     3,9 kg       

    Le fusil a été raccourci mais ON A TENU À CONSERVER SON ASPECT D'ARME MILITAIRE. En effet, il a conservé capucine, grenadière et embouchoir, ces deux dernières garnitures simplement reculées sur le bois avec leurs ressorts. La baguette, raccourcie elle aussi a été refilletée pour recevoir le tire-balle réglementaire.
    Mieux : le canon a reçu son tenon de baïonnette au bon endroit : la baïonnette Mle 1822 se fixe sans le moindre jeu. Ce qui montre que le diamètre extérieur a été restitué également.
    La chambre rétrécie a disparu après alésage au diamètre du canon. Comme pour le fusil Mle 1842, ceci montre que la chambre rétrécie a été abandonnée immédiatement après son adoption.

    Voici un court reportage.

    La platine fabriquée par la Manufacture Royale de St Etienne. Cette platine est retenue par une grande vis traversante à l'avant (vissant sur la rosette de contre-platine formant écrou de l'autre côté) et à l'arrière par une vis à ergots restant à demeure sur l'arme. Hormis quelques modifications internes en 1847 et 1857, cette platine restera en usage sur l'ensemble de nos armes à percussion : fusils 1842, 1853, 1854 de la Garde et 1857, carabines 1846, 1853 et 1859.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le mécanisme de la platine :
    Platine très simple, un seul ressort agit sur la noix, par l'intermédiaire d'une chaînette, et sur la gâchette. On remarque que toutes les pèces sont faites par le même ouvrier platineur portant le poinçon n° 22.
    Cette platine sera modifiée en 1847 : un écartement plus marqué des deux piliers portant les vis apportera plus de solidité à l'assemblage de la bride de noix, car la puissance du grand ressort est telle qu'un mauvais démontage peut entraîner le cisaillement de ces vis, sans parler de blessures aux mains du maladroit ...

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    L'encastrement de la platine dans la monture. Dès 1822, les montures étaient usinées sur des machines à bois qui réalisaient mécaniquement la mise en forme et la découpe de la monture, mais aussi le fraisage et perçage des différents emplacements : canon, baguette, platine, vis diverses. On remarque la vis à ergots posée à demeure dans le bois pour retenir la platine à l'arrière. Le bois est dans un état de conservation remarquable.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    L'ensemble des pièces inférieures. La sous-garde avec l'emplacement des doigts du tireur. On remarque que le passage de la queue de détent est décalé. Le pontet à jonc est à crochet, il est retenu sur l'avant par le battant de bretelle qui le traverse ainsi que la sous-garde. Le battant est retenu dans la monture par une goupille dont le passage est au niveau de la rosette de contre-platine. Notez que la queue de détente est galbée pour une action confortable du doigt. Cette forme de détente sera conservée sur toutes nos armes longues à percussion.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

     La capucine, la grenadière et l'embouchoir :

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le canon côté droit. Le marquage MR pour Manufacture Royale et le millésime 1841 devant la masselotte. On voit bien la limite canon - culasse, une spécificité du fusil mle 1840.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le canon côté gauche. Le marquage C de 18 pour Canon de 18 millimètres, donnant le diamètre du canon pour la première fois exprimé en mesure décimale.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    La queue de culasse avec l'indication du modèle. Le cran de mire fixe à la hausse de 300 pas.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    La bouche du canon et le tenon de baïonnette. Le canon est lisse. On remarque le très bon état du métal, très souvent déterioré à cet endroit.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le macaron de crosse et sa cheville en buis. On lit la date Mai 1842 et à nouveau les initiales MR des Manufacures Royales.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    Le retour de la plaque de couche avec l'inscription frappée L104 ... Une Légion de Gendarmerie ? En effet, on avait l'habitude de marquer l'unité militaire d'attribution sur les plaques de couche. Ce type de marquage durera jusqu'à la guerre de 1870.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    La baïonnette du fusil modèle 1840 est du modèle 1822. Elle est de la même longueur que la baïonnette Mle An IX et sa lame est de la même forme triangulaire. La différence est que sa lame est divergente afin de permettre de recharger le fusil sans y planter la main ... Depuis l'Ancien Régime, les baïonnettes françaises sont fabriquées à la Manufacture de Klingenthal, près de Molsheim en Alsace. Cette Manufacture s'est spécialisée dans la fabrication des armes blanches - baïonnettes, sabres, épées - et sera remplacée dans cette spécialité par la Manufacture de Châtellerault à partir de 1836.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    La baïonnette fixée au canon vue de dessous, baguette retirée pour comprendre le rôle de la virole qui vient bloquer la douille sur le tenon. On remarque que le bout de la douille affleure la bouche du canon. Il n'ya aucun jeu dans la fixation.

    Mon fusil modèle 1840 raccourci pour la Garde Nationale

    A bientôt.


  • Commentaires

    1
    louploup10
    Mardi 9 Avril 2013 à 00:33

    tres surpris de  la description et de la facilitée de lecture.cette premiere incite a y revenir bravo l artiste.

    2
    lb
    Mercredi 4 Novembre 2015 à 15:59

    Oui, encore plus de détails que dans les livres et autres revues.

    En plus quelle belle arme que cette carabine!

      • Mercredi 4 Novembre 2015 à 19:48

        Merci de votre petit mot.

        A bientôt

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