• Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    Voici un nouveau venu dans ma collection :

    Mon fusil Modèle 1822 T Bis a été fabriqué à Tulle en 1827 comme fusil d'infanterie à silex. Il mesurait alors 1,471 m.

    A ce moment, les fusils Modèle 1822 sont l'aboutissement de près de 200 ans d'usage de la platine à silex. Avec la platine Mle 1822, la plupart des défauts de la platine An IX auront été corrigés, notamment les longs feu et les ratés d'allumage. Ces fusils participeront à la conquête de l'Algérie, et aussi aux journées sanglantes de Juillet 1830, les 3 glorieuses.

    L'adoption de la platine à percussion (Carabines 1837 et 1838, fusils 1840 et 1842) allait démoder d'un seul coup plusieurs centaines de milliers de bons fusils à silex, essentiellement des fusils Modèle 1822.

    Dès 1842, décision fut prise de transformer ces armes et de les adapter à la percussion. En effet, les armes Mle 1842 étaient lisses et tiraient quasiment la même balle ronde que celle des 1822.

    Mon fusil a donc été transformé T vers 1843 à la Manufacture de Mutzig pour sa mise à la percussion :
    - obturation de la lumière.
    - pose, sur la queue de culasse, d'un cran de mire fixe .
    - pose, sur la droite du tonnerre, d'un grain sphérique taraudé pour y visser une cheminée.
    - alésage du canon à 18 mm. Le canon reste lisse.
    - dépose du chien, du bassinet, de la batterie et de son ressort.
    - obturation des orifices inutilisés.
    - mise en place d'un chien-marteau dont la tête est décalée sur la gauche pour coiffer la cheminée.

    Voici un schéma de la platine Mle 1822 transformée (Cours de Tir - Études théoriques et pratiques - 1864)

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     

    Le reste des pièces est conservé.
    Ainsi transformée, l'arme est retournée en corps de troupe.

    Mais en 1854, à l'occasion de la Campagne de Crimée, deux évènements vont se produire qui vont bousculer les choses et faire faire à notre armement un progrès important.

    1/ En 1854, la Garde Impériale nouvellement crée va recevoir ses fusils. Ils sont basés sur le fusil Modèle 1853. Mais surtout, ils sont rayés et ils tirent une balle ogivale à jupe creuse qui découle directement des expériences faites sur le tir des projectiles auto-forçants dans les armes rayées. Cette balle creuse fut dessinée par le Capitaine Minié.

    2/ En 1855, à l'occasion des combats en Crimée et à Sébastopol, nous mettions en œuvre avec succès plusieurs formations équipées d'armes rayées.
    Les Zouaves en particulier vont tirer parti de leurs Carabines Modèle 1853 et Fusils Modèle 1853 T Car qu'ils recevront dès 1855. Ces armes leur permettent d'abattre des canonniers russes jusqu'à 500 mètres de distance.
    Mais on se rend compte qu'en dehors de ces unités, l'Armée ne met en ligne que des armes lisses, donc démodées : fusils Mle 1853 neufs, fusils 1842 et 1822 T. Alors que, dans le même temps, l'ensemble du Corps Expéditionnaire Anglais est doté de l'excellent Enfield Pattern 1853, fusil rayé et de calibre réduit.


    Nous venions de prendre conscience que le rayage de leurs fusils donnait aux fantassins une allonge et une précision impossibles à obtenir avec des armes lisses. Et que nos voisins avaient pris de l'avance et disposaient d'un armement supérieur.

    Et, en 1857, l'Empereur décidait que l'ensemble des armes à feu de l'Armée Française soient rayés. Par transformation pour les armes existantes, dès leur conception pour les armes à venir.

    Pour revenir à mon fusil, il a été transformé Bis en 1859 à St Étienne à l'occasion de la mise en rayure du canon. Comme tous ses semblables, il a été raccourci aux dimensions des fusils de voltigeurs et mesure désormais 1,41 m :
    - mise en rayure du canon : 4 rayures au pas de 2 mètres, larges de 7 mm, profondes de 0,3 mm.
    - pose d'un nouveau cran de mire réglé à la distance de 300 pas à la place de l'ancien.
    - raccourcissement du canon et de la monture.
    - déplacement de l'embouchoir et de son ressort, du tenon de baïonnette et du guidon.

    A chaque étape, les marquages et poinçons réglementaires sont apposés sur le canon et la crosse.

    La monture n'a pas été remplacée : elle a conservé la joue d'origine et la pastille MR.

    En fait, mis à part les pièces "percussion" (1843) et la baguette (1859), tout est d'origine, canon, bois, platine, garnitures.

    Le fusil est dans un état surprenant, en particulier l'intérieur du canon : quasiment aucune usure n'est à relever comme l'atteste le pied à coulisse : 18,05 mm relevé à la bouche. La baïonnette modèle 1822 se fixe en place sans aucun jeu.

    La monture en noyer châtain est très bien conservée, avec de rares traces de chocs, aucune fêlure, à peine quelques zones assombries.

    Mécaniquement, on ne relève aucun jeu. Les ajustages sont serrés, les arêtes sont restées bien marquées.

    Vu son état, après une période en unité (matricule sur le canon et la crosse), et deux passages en Manufacture (il en a fait, des kilomètres, entre Tulle, Mutzig et St Étienne ...) il a dû prendre tranquillement la poussière au fond de l'armurerie d'une Garde Nationale Sédentaire dans une sous-préfécture rurale. On en trouve encore parfois dans les combles d'anciennes mairies ...

    Au plan opérationnel, les fusils Mle 1822 T et T Bis constitueront longtemps l'armement de base de l'infanterie, à côté des fusils modèles 1842, 1853 et 1857.
    Les 1822 T sont utilisés au siège de Sébastopol (1854-55), en Italie (1859)
    Les 1822 T Bis iront aussi au Mexique (1862 à 1867) et on en a retrouvé aux mains de guérilleros mexicains bien après le départ des Français. Pendant la guerre de 1870-71, on connaît plusieurs photos de Mobiles ayant reçu le fusil 1822 T Bis comme arme individuelle ... (souhaitons-leur n'avoir pas été à la riflette avec)

    Ces armes auront quand même été utilisées pendant près de cinquante ans !
    Je ne sais pas si nos modernes FAMAS sauront durer autant ... ?
    186 ans après sa fabrication, ce fusil est toujours en état de tir !


    En résumé, un fusil bien homogène, mêmes matricules 330 puis 1870 frappés sur le canon, la crosse, la platine. Une belle monture en noyer châtain en excellent état, encastrements nickels, arêtes vives. Mécanique sans aucun jeu. Le canon est à l'état quasi neuf, un peu marqué vers la bouche (comme souvent sur ces fusils)

    -----------------------------------------

    Voici un petit reportage.

    Portrait, vues droite et gauche.
    On remarque que l'embouchoir a été reculé sur la monture avec son ressort. Cette arme magnifique est en excellent état. Un beau contraste de la couleur miel du bois avec l'éclat du métal poli :

    La crosse vue de gauche : la joue, le matricule régimentaire 1870, le n° d'ouvrage 330 :

    La crosse vue de droite : macaron de réception et cheville en buis MR "Manufactures Royales". Poinçons de recette.
    Marquage MUTZIG, manufacture de la transformation T.
    Marquage St ETIENNE, manufacture de la transformation Bis.
    À nouveau, on remarque un bois à l'état quasiment neuf.


    Le canon au niveau du tonnerre.
    Sur la queue de culasse, marquage réglementaire du modèle 1822 T Bis et hausse fixe à cran de mire. L'ancienne hausse était au même emplacement, moins haute et d'une forme plus anguleuse
    Le chien dont la tête est fortement décalée à gauche pour coiffer la cheminée :
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis 
    La contre-platine, appelée aussi esse :Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    Marquages à gauche du tonnerre :
    Poinçon B avec étoile : Brunon Frères, entrepreneurs à Tulle, forgerons, fabricants de canons pour la Manufacture de Tulle de 1819 à 1835.
    
Marquage C de 18 pour Canon de 18 (mm)
.
    
Numéro 330, n°d'ouvrage, probablement de la mise à percussion.
    Matricule régimentaire 1870 :

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis
    Marquages à droite du tonnerre :

    Millésime (usé) de la fabrication initiale : 1827. Poinçons de recette et de contrôleurs.
    En dessous - et normalement caché par la platine - l'initiale S de la manufacture ayant mis le canon en rayure et millésime de cette modification : St Etienne en 1859 (transformation précoce) :

    La platine et la monture jusqu'à la capucine. Une arme en état exceptionnel.
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    La monture, de la capucine à la grenadière avec son battant. Ces garnitures sont retenues par un ressort à épaulement :

    La monture de la grenadière jusqu'à la bouche du canon. L'embouchoir est retenu par un ressort à ergot. La baguette en place dans sa rainure, sa tête affleure la bouche du canon. Soudés au canon, le guidon et le tenon de baïonnette.

    La plaque de couche.
    Normalement, selon le règlement de Mars 1854, elle devrait porter le numéro du Corps de troupe, puisque le canon et la crosse sont matriculés ...
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     
    L'intérieur du canon. 4 rayures au pas de 2 mètres, elles sont propres et nettes. On remarque les marques de baguette à 6-8 cm de la bouche :


    La platine.
    Vue extérieure. C'est une Corrézienne Royale. On remarque la pièce d'obturation du logement du bassinet. Le pontet porte les initiales AT, probablement celles d'un sous-traitant. Devant le chien, le poinçon C couronné dans un rectangle à pans coupés, probablement Cazamajou, Contrôleur à Tulle de 1813 à 1830.
    A noter que les arêtes du bois sont aussi nettes et vives qu'au temps de sa fabrication en 1827 :

    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

     
    L'intérieur de la platine. Parmi les différentes marques d'ouvriers, on retrouve le n° d'ouvrage 330 :

    Zoom sur la noix ... à 3 crans et longue course du bec de gâchette !


    Surprise ... sous la plaque de couche.
    Un orifice profond d'1 cm, large de 15 mm. On voit nettement l'empreinte d'une Fleur de Lys et au centre, comme un trou de vrille. C'est l'emplacement de la poupée de la machine à travailler les crosses, certainement l'une des premières machines-outil combinées. Ces machines sont apparues pour faire les montures des fusils Mle 1822. Elles assuraient découpe, biseautages, rainurages, fraisages et taraudages des ébauches en noyer :
    Mon fusil d'infanterie Modèle 1822 T Bis

    A bientôt.


  • Commentaires

    1
    dbiker
    Dimanche 29 Décembre 2013 à 16:00

    Comme déjà dit: il est superbe, et d'une telle  homogénéité !

    2
    3008nato
    Lundi 30 Décembre 2013 à 20:58

    si seulement j'avais ton talent...je parle des doigts ....ce sont les 21 ou les 23 T bis que je collectionnerais  !!!

    et donc , je me répète , tu es très chanceux , et j'ai bien fait de perdre du temps sans le faire exprès  et en ne retrouvant que  3   22t bis ou autres 

    je ne te donne qu'un avis d'ingénieur  , ta présentation est excellente !! oui monsieur ,

    je termine sur ton adresse perso  !!!!

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :